AUTEUR :
Gautier Buresi
catégorie :
Architecture contemporaine
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La philosophie du « pas de geste signature » chez Studio Gani
Studio Gani adopte une approche architecturale unique avec sa philosophie du « pas de geste signature », favorisant l'observation et l'expérimentation pour révéler l'existant.
temps de lecture :
6
minutes
Date de publication :
14 nov. 2025
La philosophie du « pas de geste signature »
La philosophie du « pas de geste signature » guide la pratique de Studio Gani : une volonté claire de refuser la répétition d’un style identifiable pour privilégier la recherche et l’expérimentation. Ici, l’intervention cherche moins à s’imposer qu’à révéler l’existant, à inscrire chaque projet dans sa topographie, son histoire et son climat. Entre Ajaccio et Paris, le choix de ne pas cultiver une griffe formelle devient méthode de conception, un gage de singularité et de respect du patrimoine bâti.
Refuser le style répétitif : enjeux et postures
Le « geste signature » est souvent perçu comme un repère commercial. Pour Studio Gani, il constitue surtout un risque : uniformiser des lieux qui, par nature, demandent une lecture fine. Le studio privilégie une approche contextualisée. Le projet s’inscrit dans une lecture fine du site : orientations, usages, mémoire des lieux. Les enjeux sont doubles. D’une part, artistiques : restituer l’identité d’un lieu sans la travestir. D’autre part, techniques et urbains : répondre aux contraintes locales, au bâti existant et aux règles patrimoniales dans le cas de rénovations en centre historique.
Sur des villas contemporaines en Corse comme sur des appartements haussmanniens à Paris, la démarche se décline de la même façon. L’architecture se doit d’articuler l’horizontalité du paysage corse ou la rigueur du plan haussmannien avec des réponses tantôt minérales, tantôt légères. Ce refus d’une signature standardisée invite aussi à préserver la diversité architecturale des territoires. Il évite la standardisation des formes qui efface la mémoire des lieux.
Une méthode de conception : recherche, expérimentation et matériaux
Le « pas de geste signature » n’est pas une position dogmatique mais une méthode. La démarche commence par l’observation et la documentation. Plans anciens, témoignages, géologie et ensoleillement sont collectés et discutés. Puis vient l’hypothèse, la maquette et le prototype. Le travail de l’atelier s’apparente à un laboratoire : tests de matériaux, essais d’ouvertures, études d’ensoleillement et d’inertie thermique. Cette phase expérimentale éclaire les choix constructifs et sensoriels.
Les matériaux jouent un rôle central. Plutôt que d’imposer un usage systématique du béton, du verre ou du bois, Studio Gani questionne la pertinence de chaque matériau au regard du site et de l’usage. Dans les projets corses, la pierre locale peut être réinterprétée pour dialoguer avec la modernité ; à Paris, des interventions intérieures privilégient le bois et la pierre pour restituer la matière d’origine tout en introduisant une contemporanéité mesurée. Ces choix sont souvent le fruit de collaborations étroites avec artisans et fournisseurs. L’agence travaille également à l’intégration de solutions performantes, par exemple des bétons bas carbone ou des vitrages adaptés, en s’appuyant sur des ressources techniques et réglementaires reconnues.
Pour éclairer ces choix, Studio Gani s’appuie sur des références professionnelles et réglementaires. Le Conseil national de l’Ordre des architectes propose des ressources utiles sur la pratique architecturale et ses responsabilités : https://www.architectes.org. Ces références structurent une expérimentation responsable, qui tient compte à la fois de la qualité spatiale et des exigences environnementales.
Processus de projet : du diagnostic à l’objet bâti
La posture anti-signature influe sur chaque étape du projet. Le diagnostic n’est pas accessoire. Il révèle des strates de mémoire : trames anciennes, végétation, vues privilégiées ou failles d’usage. La programmation se construit à partir d’usages réels et prospectifs, avec la curiosité de transformer des contraintes en opportunités. Les esquisses explorent plusieurs scénarios, parfois opposés, avant d’élire une solution qui articule forme, lumière et économie de moyens.
En chantier, la logique reste la même. Le maître d’œuvre privilégie des techniques et des assemblages qui respectent la matière. L’intervention cherche à dialoguer avec l’existant : réparer plutôt que remplacer quand c’est pertinent, restaurer les qualités constructives et sensorielles, inscrire la nouvelle intervention comme une strate supplémentaire. Cette attention se traduit dans les détails : raccords de maçonnerie, traitement des seuils, calepinage des façades, dimensions des baies. Ces décisions visent à restituer une continuité entre ancien et contemporain.
Effets concrets pour les usagers et le territoire
Le « pas de geste signature » produit des effets tangibles. Pour l’habitant, il signifie une architecture plus juste, pensée pour l’usage quotidien et non pour l’image. Les espaces deviennent lisibles, adaptés aux rythmes de vie, ouverts sur le paysage quand il faut et protecteurs de l’intimité quand le site l’exige. La lumière est travaillée pour restituer des ambiances variées, alternant clarté et répit. L’économie d’usage entre en ligne de compte : choix d’un confort passif, matériaux locaux, entretien facilité.
Pour le territoire, la démarche limite l’homogénéisation des paysages et renforce la qualité patrimoniale. Dans les secteurs protégés ou sensibles, elle facilite les accords avec les autorités locales et les services du patrimoine. En restituant des architectures qui dialoguent avec leur contexte, l’agence contribue à une mémoire bâtie vivante. Ce positionnement a aussi une portée pédagogique : il montre qu’une modernité architecturale peut s’enraciner dans la culture constructive locale sans l’instrumentaliser.
Exemples et retours d’expérience
Sur des chantiers récents entre Ajaccio et Paris, la méthode s’est traduite par des réponses très différenciées. Une villa en Corse a choisi une matérialité minérale et des ouvertures cadrées pour capter les vues tout en offrant des zones d’ombre contrôlées. Dans un appartement parisien, la transformation a recherché la restitution d’éléments patrimoniaux à côté d’interventions contemporaines discrètes pour ouvrir la circulation et éclairer les pièces. Ces projets illustrent la capacité de l’atelier à adapter son vocabulaire à chaque site et à chaque programme.
Selon Gautier Buresi, fondateur de Studio Gani, « la singularité d’un projet tient d’abord à sa capacité à répondre au lieu. L’idée n’est pas d’imposer une empreinte, mais de révéler ce qui existait déjà, parfois en le recomposant. » Cette phrase résume une pratique qui fait de l’expérimentation un outil au service de l’architecture utile et contextualisée.
Conclusion : usage et transmission
La philosophie du « pas de geste signature » se révèle un positionnement exigeant. En refusant la répétition d’un style, Studio Gani privilégie l’observation, la recherche et l’expérimentation. Le résultat se lit dans des architectures qui dialoguent avec leur contexte, préservent la mémoire des lieux et transforment les usages. Ces réalisations s’adressent aux habitants et aux territoires, appelant à une transmission consciente du patrimoine et à une pratique architecturale responsable.
Pour découvrir les projets et confronter cette méthode à des réalisations concrètes, Studio Gani invite à consulter les dossiers de projets ou à contacter l’atelier pour un premier échange. L’architecture, ici, se mesure à l’usage qu’en feront ses habitants et à la capacité du lieu à se transmettre aux générations suivantes.